Sur la place du village, une brise nocturne souffle dans le feuillage de l’éparse sylve alentour. La charrette des étrangers se vide à mesure que s'élève leur abri de toile. L'un d'eux, l'oeil sombre et la voix forte, a quitté le chantier pour prendre la parole. Il captive les perdreaux de la veille comme les vieux fourneaux. Il s’élance à dextre et à senestre, déploie de grands gestes, déploie son verbe comme on dresse la table d'un banquet.
"Approche, pastourelle aux beaux atours ! Avance, mon bon ami ! Ah ah, voilà qui est bon ! Ne craignez tout deux point de prendre place auprès du feu, qui éclaire la nuit et fait danser les ombres. Tendez l'oreille aux bruits de la Grande Dame, qui à chaque instant nous chante sa complainte. Prenez un siège ou installez-vous confortablement sur le sol, pour écouter la douce voix du conteur qui ce soir vous gratifie de ses modestes récits d'ailleurs".
Cet été vous êtes entré dans l'histoire, et icelle vous procurera transports et déceptions, joies et regrets, amours et haines, rires et pleurs, vie et mort. Elle fera de vous des éternels, des rappelés, des convoqués à la mémoire de tous, parce que seront loués vos exploits comme vos méfaits. Dans la bouche du conteur se tisse la toile de vos existences, passées, présentes et à venir ; son verbe vous invite à explorer les voies d'Eidôlon…
Le Livre Premier fut ouvert cette année, car il était bon qu'il fut ainsi fait à cet exact moment. L'Étape au Mâtu Rabû s'est écrite avec la première plume de nos rêves et l'encre de vos exploits.